Lilou Aigon, du Népal à Lacanau

Racines et inspirations

Lilou, pouvez-vous vous présenter (âge, études…) ?

Je suis Lilou, j’ai 23 ans. J’ai grandi à Lacanau entre l’océan et la danse. J’ai dédié mes études à la danse contemporaine, mais j’ai toujours aimé faire mille et une choses à la fois. Tout tester, tout apprendre, tout comprendre. Et il n’y a pas de meilleur professeur que l’expérience et la diversité. C’est ainsi que je suis passée naturellement des études aux voyages. D’abord un an et demi seule en sac à dos, puis je suis rentrée pour préparer cette nouvelle aventure, mais à vélo cette fois-ci.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de partir seule pour un voyage à vélo à travers le monde ?

En 2023, ma mère et moi avions prévu un voyage au Népal pour 2024. À la même période, je découvre sur Instagram un Français qui avait relié Paris à l’Afrique du Sud à vélo @dreamtim__ : son aventure m’a bouleversée. Inspirée, j’ai fait mon premier voyage à vélo au Laos, et j’ai adoré. Depuis, je n’avais qu’une idée en tête : recommencer. Petit à petit, en lisant les récits de grands voyageurs, l’idée de rentrer à vélo du Népal a grandi.

La question de partir seule ou à plusieurs ne s’est jamais vraiment posée. J’avais l’habitude de voyager seule, j’aime cette sensation de liberté totale et l’obligation de rencontrer des gens. Et puis, personne dans mon entourage n’aurait suivi ce projet fou… alors autant y aller seule que mal accompagnée.

Description du parcours (nombre de kms, pays, réseaux sociaux pour suivre les étapes…)

Ce voyage a représenté 27 000 km au total, dont 10 100 km à vélo, 1500 km en avion pour passer la mer Caspienne, et le reste en bus, train ou auto-stop. J’ai traversé 17 pays : Népal, Inde, Pakistan, Chine, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Azerbaïdjan, Géorgie, Turquie, Chypre, Grèce, Albanie, Kosovo, Monténégro, Croatie, Italie et la France.

Dans la préparation, je voulais que ce voyage ressemble à mes « études de rêve ». J’ai appris à chercher des financements (merci Médoc Atlantique, Delio, Cordier Imagine, Chapka Assurance et Poulette pour leur soutien). Je voulais aussi rencontrer des artistes et explorer les danses d’ailleurs, ce que j’ai fait tout au long du voyage. Enfin, j’ai progressé en montage et documentation : grâce aux réseaux sociaux, j’ai partagé photos et vidéos régulières, et un gros projet vidéo arrive bientôt. → Suivez @liliworld.a.velo.

Dans cette démarche de partage, j’ai aussi correspondu avec un groupe d’enfants à l’ école à la maison, qui m’ont envoyé leurs questions et regards sur les cultures traversées.

Le voyage extraordinaire

Comment avez-vous préparé ce périple (votre fidèle destrier a été acheté sur place ?) ?

C’était mon premier voyage à vélo sur une si longue durée, et je ne m’y connaissais ni en vélo, ni en bivouac, ni en montagne. J’ai donc préféré tout préparer avant de partir. Les blogs de cyclovoyageurs m’ont beaucoup aidée, certains écrivent même de vrais manuels pour débutants. J’ai aussi découvert les festivals de voyageurs à vélo en France : j’ai assisté à celui du Mans, six mois avant mon départ. Je recommande à tout futur cyclovoyageur d’y aller, même pour un week-end, car on y trouve conseils et inspiration.

Pour le vélo, j’ai choisi l’occasion : un passionné, Kosmo Bike, retape de vieux cadres en montures de voyage. Pour le reste du matériel, ce fut un mélange de hasard, de compromis entre qualité/prix, et de conseils glanés. J’ai eu 8 mois pour tout organiser et économiser. Et comme je n’ai pas eu le temps de tester avant, j’ai tout découvert sur la route… au point de lire le manuel de mon réchaud dans ma tente pour réussir à l’allumer !

Quels paysages ou rencontres vous ont le plus marquée ?

Si je devais faire un top par catégorie :

  • Pour la montagne : le Pakistan
  • Pour les côtes : la Turquie
  • Pour la nourriture : la Chine
  • Pour la danse et la spiritualité : l’Inde
  • Pour l’aventure humaine : le Népal
  • Pour les monuments : l’Ouzbékistan
  • Et pour la surprise la plus proche de nous : l’Albanie, accessible en train et ferry depuis la France.

Avez-vous connu des moments de doute ou de danger ? Comment les avez-vous surmontés ?

Bien sûr, souvent. À chaque panne mécanique, chaque coup de fatigue, on se demande si on est fait pour ça. À vélo, on est vulnérable : exposée à la météo, aux routes, aux gens, à son corps. Et puis j’étais une jeune femme blanche aux yeux bleus, ce qui attisait parfois les regards. J’ai dû me blinder, affiner mon intuition pour éviter les situations à risque.

Ce qui m’a le plus aidée : la solidarité entre femmes. Entre voyageuses, on se passait les bons plans et les mises en garde. Et les femmes locales m’ont souvent protégée. Comme en Turquie, où une voisine de caravane est venue me chercher pour m’éloigner d’un homme insistant. Sans elles, le voyage aurait été bien plus difficile.

Un souvenir gravé à jamais ?

Le Kosovo. J’y ai passé seulement deux jours, mais lors du premier, perdue dans les collines, j’entends de la musique derrière un portail. Une femme me fait signe d’entrer… et me voilà à une fête de fiançailles. En deux minutes, j’apprenais la danse en cercle, main dans la main avec tout le monde. Trente minutes plus tard, j’avais une assiette pleine et un verre qu’on remplissait sans cesse. La famille parlait anglais, j’ai pu vraiment échanger. J’étais une inconnue, et j’ai été accueillie comme une proche.

Qu’est-ce qui vous a manqué ?

Mes proches. Mes amis, ma famille. L’entourage qui te connaît et que tu connais. C’était la première fois que je ressentais ce manque aussi fort. Manquer des moments importants pour eux m’a donné envie de rentrer plus vite. Les appels ne suffisaient plus : il fallait revenir. Ce qui tombait bien, puisque le but du voyage était justement de rentrer.

Audace et courage

Beaucoup seraient impressionnés par un tel voyage. Qu’est-ce qui vous a permis de rester courageuse ?

Écouter les histoires des autres. Les exploits dans les livres, podcasts, documentaires… puis les récits de voyageurs rencontrés en route. Tout cela m’a inspirée, motivée, poussée à continuer. Et quand on partage aussi ses propres galères, on réalise qu’on n’est pas seule. Ça crée du réconfort. Tant que je continuerai d’écouter et d’admirer ce que les humains créent et osent, je ne m’arrêterai pas de voyager.

Selon vous, quelles qualités sont indispensables ?

Aucune, au départ. Le voyage à vélo rend tout le monde débutant, peu importe l’expérience. On apprend sur le tas : à s’adapter, à se dépasser. La seule vraie condition, c’est d’avoir envie.

Retour à la maison

Comment se sent-on en rentrant ?

Je flotte. Je déborde d’énergie, d’envies, de projets. C’est même presque trop ahah. Heureusement, vivre à Lacanau me permet de canaliser ça facilement en sport et nature. J’aime mon retour, car il était voulu, et au bon moment.

Cette expérience a-t-elle changé votre perception ?

Complètement. Ce voyage a broyé mes certitudes et mes opinions. Depuis mon retour, on m’accorde beaucoup d’attention, mais moi j’ai surtout l’impression d’être un simple grain de poussière parmi des milliards d’autres. J’ai encore besoin de temps pour comprendre ce que j’ai vécu, et c’est très bien comme ça.

Inspirer et motiver

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui rêve de se lancer ?

Il n’y a jamais de bon moment. On ne se sent jamais prêt, et c’est normal. Alors lancez-vous, même petit. Pleurez ou criez si vous avez peur, puis sautez. Vous apprendrez en route, et vous vibrerez ensuite. Et si le projet est grand, découpez-le en étapes. Moi, je ne pensais jamais « Népal-France », mais seulement « jusqu’à la prochaine ville » ou « jusqu’à la frontière ». Pas à pas, et un jour on se retourne, et le chemin est là.

Quels projets vous motivent maintenant ?

Moi qui me suis tant éloignée du monde professionnel de la danse, je sens que c’est l’heure de retourner en studio. Collaborer. Créer à plusieurs. Ce sera mon prochain grand voyage, mais cette fois-ci sur scène. Plus tard, qui sait, peut-être que je repartirai à l’aventure mais peut être en voilier ou via une longue randonnée…

Trois mots pour résumer votre voyage ?

  • Namaste (souhait de paix en népalais)
  • Lahissa (ralentir, en pakistanais)
  • « Bon appétit » (parce qu’on a vraiment bien mangé partout, et qu’une sacoche entière de mon vélo était dédiée à la nourriture !)

Et les parents dans tout ça?

Avoir une enfant qui a des projets de fou !

Karine Jonot, Maman :

« Lilou a toujours eu des rêves de voyage, donc je n’étais pas surprise. Après son retour d’1an en sac à dos, elle m’annonçait déjà qu’elle voulait relier le Népal à Lacanau à vélo.

Je suis une maman optimiste et confiante. Je l’ai accompagnée dans la préparation, en étant présente face à ses peurs. Notre voyage mère-fille au Népal m’avait déjà rassurée sur sa maturité et la force des rencontres.

Le plus beau cadeau qu’on puisse offrir à nos enfants, c’est de les laisser réaliser leurs rêves, même fous. Être leur pilier, leur soutien, leur encouragement. »

Laurent Aigon, Papa :

« En tant que papa, c’est toujours avec inquiétude que l’on voit s’envoler ses enfants… mais on ne peut pas empêcher les oiseaux de voler. Depuis toujours, j’ai dit à mes enfants : « Allez voir le monde, il a besoin de vous voir. »

Alors chaque départ mêle inquiétude, soutien et fierté. Voir Lilou s’épanouir, grandir et aller au bout de cette épopée avec une volonté farouche m’a rendu admiratif.

J’ai voyagé à travers son périple, et grâce à la magie d’internet, nous avons pu partager ces moments, même à distance. Une véritable « papounet-thérapie » !

Je suis fier, profondément fier, d’être le papa de Lilou. »

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